La garrigue

En ce beau matin du mois d'avril, Mimi l'espiègle descendait du village pour aller rendre visite à ses amies les chèvres, qui se trouvaient dans le massif des Maures, pas loin de Cogolin. La jeune femme avançait d'un bon pas car on comptait pas moins de trois lieus de terre pour relier la ville et ses civilisés aux pâturages écrasés de soleil, territoire des troupeaux et de Dame nature...

Des deux côtés du chemin, la garrigue se déroulait, laissant apparaître les grands champs de lavande et de colzas en fleur. Plus loin, alors que Mimi l'espiègle cueillait deci-delà quelques bouquets de fleurs aromatiques, des champs d'oliviers semblaient arrosés de lumière d'or et présentaient les fruits de la terre, ces olives vierges et voluptueuses gonflées de soleil comme le désir.

La jeune femme passait au milieu de ces plaines colorées et noyées de lumière, et arriva au lieu dit de "la gorge au bouc", derrière les grands arbres piqués de rouge et de bleu, devant la sainte montagne des Maures. Elle commença à scruter l'horizon. Tout d'abord, elle aperçut une vieille chèvre, une grosse noire, qui devait être parmi les plus anciennes du troupeau, puis, petit à petit, les autres bêtes se rapprochèrent, pour se regrouper alors que Mimi lançait des petits cris aigus, avec une grâce déconcertante ! Il faut dire que la belle avait en son temps poussé la chansonnette à la messe du dimanche, et qu'aux dires de certains, elle avait même un petit talent de cantatrice régionale !...

Le troupeau était désormais réuni, et à l'occasion, l'âne du père Martin et le cheval de la "Fanette", laissés tous deux en pâturage à cette période de l'année, se joignaient à notre bergère, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Elle respirait les bienfaits de la nature, le silence laissait place aux grillons dont les chants de bonheur se diffusaient à travers les buissons et les branches d'oliviers marbrés. La belle ressentait sur ses joues et ses lèvres la chaleur du soleil et les odeurs enivrantes des épices environnantes, et elle aimait plus que tout se fondre dans cet univers chatoyant et débordant de couleurs !

En effet, "Mimi la garrigue", comme on disait par ici, était une jeune femme un peu sauvage et mystérieuse, bien bâtie et pleine de charme, et qui aimait plus que tout ce que la nature lui offrait de plus cher et de plus authentique. La belle n'était pas mariée, et les mauvaises langues du village prétendaient qu'elle préférait la compagnie des bêtes à celle des hommes !, ce qui, en vérité, n'avait d'ailleurs jamais pu être confirmé !

Mais le soleil commençait à passer et il fallait songer à redescendre vers le hameau de Borne, afin que les bêtes puissent se repaître et se reposer avant la migration vers les pâturages du massif.

Borne était un tout petit hameau, que traversait un chemin de terre, composé de quelques maisons de pierre noire, ses habitants et trois commerçants. Une petite chapelle, sans style aucun, était coiffée d'un clocher en ardoise. Juste derrière, le grand massif des Maures, ses forêts et sa rocaille enveloppait tout le paysage, et son silence illimité pénétrait la nature émue de ce grandiose spectacle...

En arrivant vers les premières maisons de pierre, Mimi se dirigea vers le petit ruisseau serpentant à travers le village, et s'arrêta près de la fontaine de la place.

Cette dernière était ombragée et alignée de platanes, entourée plus loin d'un étroit cimetière et de quatre tilleuls gigantesques. Elle se désaltéra tout d'abord, avant de remplir ses outres de peau et apaiser la soif des bêtes.

Le cheval et l'âne ne se firent pas prier, et quand tout le petit monde fut rafraîchi, notre bergère s'en alla trouver le savetier du village qui proposait le gîte et le couvert, ainsi que la bergerie pour le repos nocturne des bêtes.

Le savetier, le boulanger et le cafetier, étaient en fait les derniers artisans de la "Gorge du bouc", et représentaient à eux seuls, de façon rudimentaire, le dernier témoignage vivant de la civilisation des hommes...

Billy. 

 

 

 

LES AVENTURES DE MON POTE ÂGE. ( re... cueillies par GG ).

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De bon matin je descendis dans mon JARDIN pour y cueillir du ROMARIN et c'est là que je rencontrai le père BASILIC qui MÂCHE son cigare et THYM depuis que sa femme l'a quitté. EGLANTINE est une BELLE DE JOUR (et DE NUIT ), au clin d'OEILLET aguicheur et au JARDINET fleuri en toutes saisons. Ce qui devait arriver est arrivé le jour où ses POMMES D'AMOUR rougirent pour un BÊCHEUR bellâtre, arborant un PLANTOIR tout neuf, made in JARDILAND ! Honteux et CROCUS le bon BASILIC est devenu vinaigre et ne veut plus entendre parler de ROSES, MARGUERITES, ANEMONES et autres CLEMENTEUSES comme il dit ! Il n'aime que son vieux chien ARTICHAUT parce que lui seul a du cœur !

Jour père BASILIC, belle journée, dis-je en FLEURAUDANT. Lui qui marchait un PEUPLIER se RADIS et SARCLANT à voix basse se met à maudire la TERRE entière et tous ses habitants qui lui ENFUMENT la CIBOULETTE ; comme CAPUCINE, la fille de la météo qui lui colle toujours une nouille dans le POTAGER, les PENSEES de Pascal, son voisin, qui sont plus belles que les siennes et le narguent soir et matin ou VIRGINIE qui lui vend du mauvais TABAC !

J'voulais aller à la BÊCHE, mais c'est un temps à ne pas mettre un RATEAU dehors, dit-il ; avec leurs avions et leurs centrales nucléaires qui font de mauvaises LUNES, justes bonnes pour le mauvaise HERBES... Tout va de travers : v'là que mes PETITS POIS sont rouges ! Et que CELERI qui pousse quand je PLANTE à GENETS, y a de quoi devenir CHEVREFEUILLE ! Mais je n'irai pas où d'autres POTIRONS. JASMIN je n'irai la re PÊCHER. Et qui peut me dire où COURGE ? Mais je ne la HAIE point, j'attends qu'elle VERVEINE pour la cueillir en DOUCETTE...

Pour le consoler je dis : « c'est pas RAVE, ZINNIA pas de quoi se faire du SOUCI. Une ANANAS de perdue, cest disputes en moins ! Prenez du bon temps, trouvez un ABRICOTIER avec une belle FRISEE et croquez sa SCAROLE craquante quand vous serez sous le CHARME... EGLANTINE est sensible au COQUELICOT du coq, mais pour une PLANTE GRIMPANTE comme elle, il faut aimer l'escalope sur une belle SALADE ! »

Il était un peu dur de CERFEUILLE et NAVET rien compris à ma contrepèterie escaladesque !

J'entends PAVOT paroles, dit-il en se grattant la RHUBARBE et les GROSEILLES et je vais me taper un TILLEUL-MENTHE en attendant mieux. Maintenant, lâchez moi la GRAPPE !

Attention, vous risquez le PISSENLIT ! Dis-je rigolard.

Sur ces fortes paroles, je m'avançai vers un champ d'ASPERGES où s'activaient des cultivatrices dont je n'apercevais que la première syllabe ! J'eus tôt fait de reconnaître le point culminant de la belle ANGELIQUE !

De quoi remplir la main d'une honnête femme ! Dit-elle en me présentant les plus belles pièces de sa récolte... Assis sur une grosse motte, nous mettons la main au PANIER et comparons les mérites et les saveurs de notre production. « Tu veux goûter ma FIGUE ? » Dit-elle l'IRIS pétillant. J'avoue qu'elle est délectable et l'invite à tâter mon CONCOMBRE. « Quelle merveille ! » Dit-elle enthousiaste et la main caressante. « Mais as-tu vu mon ABRICOT ? »

Et des comme ça, t'en as déjà vu ? Dis-je l'oeil BLEUET et elle se pâme quand je lui sors ma CAROTTE ! Le CHOU-FLEUR et le POIREAU, l'ECHALOTE et le PERSIL, sans oublier la DAME-D'ONZE-HEURES et la GARIGUETTE, nous faisons le tour des délices de la TERRE. On RIZ, on se flagorne à tire l'HARICOT !

Cinq FRUITS et LEGUMES par jour est un gage de bonne santé, dit-elle en croquant une CAROTTE XL et c'est pas les plus grosses les meilleures ! Dit-elle, gourmande.

Nous CULTIVONS l'allusion SALADE et découvrons que JARDINAGE et MARIVAUDAGE font bon ménage. Je tends la main vers une belle paire de MELONS... « Bas les PATATES ! Ça c'est pas pour ta POMME, je les garde pour mes petits CHOUX ! Mais on dit que t'as de belles PRUNES : QUETSCHES ou MIRABELLES ? J'aimerais voir ça !

LePANIER GARNI d'une main et un bouquet d'IMPATIENS dans l'autre, nous allons rendre hommage à POMONA... Et c'est ainsi que ce matin là, j'oubliai le ROMARIN pour une grande brassée d'ANGELIQUE !...

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Petits personnages tremblants

Les vétérans au lever du jour, retournent à l’obscurité

Dans un brouillard d’eau, de pierre et de sang.

Du temple des lamas, au moulin à prières et à la cathédrale

Ils ont hissé leurs drapeaux de flammes noires

Ils parlent d’eux comme ils voient le monde

Ils croient qu’en tant de guerre tout bien est un danger.

Ils cherchent à retrouver leur place

Contre les courbes du ventre aimé

Sur toutes les lignes de l’air.

Hommes hiérarchiques mais hommes égaux

Les vétérans, au-delà des signes visibles

S’encadrent dans les portiques prosaïques

Des mémoires de coquelicots et des mémoires de bleuets.

Sans fin ils croisent et décroisent

Leurs doigts lumineux,

Leurs fers et leurs feux,

Leurs mots et leurs allégories

Leurs mains nouées et leurs jambes fatiguées.

Les vétérans mettent en croix les sens et les espèces.

Debout derrière leurs stèles, éclairés, sereins,

Emus par les premières tombes de l’enclos des cimetières

Ils pénètrent la surface tranquille de la mémoire et de l’histoire.

Seuls,

Pour inscrire leurs traces dans des reliquaires de papier,

Jusqu’aux prochaines générations et au-delà,

Dans l’univers vide des oiseaux suspendus,

Ils ont été tués pour ce qu’ils sont.

 

20/03/2012                                                                              Jean-Luc

L’ASSAUT

 Trois fenêtres après le Pont

Dans l’intime absolu

Des fragments de vitrines

Les souvenirs de l’assaut

Dessinent une esthétique des ruines.

 

L’accumulation des reflets

Exclut les oiseaux de bon augure

Des douleurs reçues, partagées, confondues

Au croisement des contraintes par corps

Et des violences justes.

 

Trois fenêtres après le Pont

D’autres fragments colorés

Si profondément étrangers à toute vie

Inscrivent dans le sol d’un poème

L’exposition violente des élans de l’assaut.

 

L’accumulation des fragments

Filtre le sang que le respect, la solidarité, la fraternité

Ont abandonné aux ardoises du clocher

Maintenant rompu

Au centre des voix chuchotées.

 

Trois fenêtres après le Pont

Les canaux brisés s’égouttent sans fin

Tracent dans le sol d’une peinture

L’apologie figurative

D’une destruction inévitée.

 

L’accumulation des reflets

Multiplie

Sans crainte la vision incroyable

De l’assaut ordinaire

Des trois fenêtres après le Pont.

 

Les têtes renversées aux creux des murs

Ont maintenant perdu de vue

Le vent et l’eau dans les nuées

Les arbres de la terre, le soleil

Les enfants et leurs mères.

 

 17 février 2012                                                                       Jean-Luc

AVEC MES MEILLEURS BAISERS

Dissimulées aux pieds des lilas oranges

Les oies-renards

Sont ta conversation, ta main, ta parole,

Auprès du merle rouge claquent les ailes du merle jaune

Plus loin les tambours profonds décident de la paix et du combat.

 

Au Royaume des dieux de la pluie

La lumière glissée entre les arbres en larmes

Dessinent tes dix longs doigts

Qui sans raisons apparentes

Lissent ton ventre et caressent le haut de tes cuisses.

 

Le bruit mat du choc des choses

Se mêle aux éclats brefs des voix

Aux histoires qui n’en finissent pas de se lire.

Au-delà des écarts de l’aliénation et de la création

Nait l’écriture sur le motif.

 

Les veuves vertes

Les veuves noires

Les veuves du tigre

Effacent goutte après goutte

Les signes réels des pierres tombales artificielles.

Ramenés à nos limites,

Revêtus des petits gestes tendres et souriants

Nous découvrons par les passages en toutes lettres

Le nom imprononçable de Dieu,

Sans y croire nous cessons de faire semblant de vivre.

 

07 mai 2012                                                                         Jean-Luc